Laboratoires du tactile

Vertiges

Mar 25, 2023
samedi 25 mars | 10h à 17h30
durée :  
 
tarif journée : 15€
autre(s) date(s) :

Forme de danse expérimentale née dans les années 1970 à New York, le contact improvisation est de retour à la briqueterie.

Depuis plus de cinquante ans, le Contact Improvisation (une forme de danse expérimentale où se rencontrent, entre autre, l'improvisation, les arts martiaux, la méditation et les pratiques somatiques) étudie les zones de friction et de contact entre les pratiques et entre les corps humains, et pas qu'humains. Les laboratoires du tactile sont une série d'événements où se succèdent conférences, ateliers et jams de Contact Improvisation, autour des questions écologiques, politiques, théoriques et pratiques que la rencontre tactile soulève.

Vertiges
avec Dénètem Touam Bona & Marie Rousseaux

« Une barque, selon ta poétique, n’a pas de ventre, une barque n’engloutit pas, ne dévore pas, une barque se dirige à plein ciel. Le ventre de cette barque-ci [le bateau négrier] te dissout, te précipite dans un non-monde où tu cries. Cette barque est une matrice, le gouffre-matrice. Génératrice de ta clameur. » Édouard Glissant, Poétique de la Relation

Faire naufrage. Arriver au sol. S’y déposer. S’y déployer à partir de cela même qui nous ploie : notre propre gravité, tout ce qui nous charge – poids et mémoires – et ne demande qu’à se convertir en apesanteur ; en corps vibrant, chantant, dansant, en corps fugitif, indocile et utopique.

Encore faut-il qu’il y ait un sol ! Qu’on sache ou qu’on sente de quoi il est fait : terre ferme, mouvante ou, affleurant à la surface de nos villes globalisées, « effondrement » …

La terre ne préexiste pas au vivant : ce n’est pas un réceptacle, une marmite dans laquelle se déverserait par miracle le bouillon primordial de la vie. En forêt, le sol sur lequel nous cheminons est lui-même une production du vivant. La texture d’un territoire existentiel consiste dans l’entrelacs des trajectoires de corps en mouvement, en résonance les uns avec les autres – que ce soit pour se désirer, se fuir, se chasser, s’ignorer ou juste partager le vertige d’un rêve à l’image d’Alice chutant au pied d’un chêne.

Sous la fixité apparente de la « Réalité », l’expérience du vertige nous révèle le mouvement perpétuel : un monde qui n’est pas fait de choses mais d’événements, d’émergences et de disparitions, une vie en mode mineur. Face au vertige (la perte du sol et de tout repère familier) de la déportation, de l’esclavage, de la déshumanisation, les mondes afrodiasporiques ont su convertir le gouffre en matrice. C’est cette pratique singulière de l’envers – indissociable d’un rapport à la mort en tant que puissance de vie et de sédition – qu’il s’agit d’aborder tout en lui rendant hommage.

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Dénètem Touam Bona fait partie des auteurs afropéens, à l’identité frontalière, qui tentent de jeter des passerelles entre des mondes que vrille toujours la « ligne de couleur ». Dans ses travaux et projets, il fait du « marronnage » (arts de la fugue des esclavisé.es) un objet philosophique à part entière, une expérience utopique à partir de laquelle penser le monde contemporain.
Ses deux livres : Fugitif, où cours-tu ? (éd. PUF, 2016) et Sagesse des lianes. Cosmopoétique du refuge 1 (Post Editions 2021).

Marie Rousseaux est très curieuse de tout ce qui conditionne la capacité à faire lien. Elle tente d’avoir les pieds sur terre et le nez en l’air (et l’inverse) pour se perdre allègrement entre l’intime et le politique. Elle est praticienne de Rolfing® Intégration Structurelle pour mieux se laisser mouvementer. Elle danse, lit, écrit, bouge avec d’autres, bouge toute seule, ne bouge pas… et parfois tout à la fois !

Informations pratiques‍

Tous niveaux, débutant·e·s bienvenu·e·s !

En savoir +
arina.dolgikh@labriqueterie.org

Atelier en partenariat avec L’œil et la main
photo : DR

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